L’art Ndébélé est célèbre dans le monde entier pour les peintures abstraites polychromes que les femmes réalisent sur les murs extérieurs des maisons, et pour le tissage des perles (parures, bracelets, poupées, ceintures). Ce langage graphique abstrait et minimaliste, à la géométrie très libre, est devenu une source d’inspiration pour de nombreux créateurs de modes de renommée internationale.

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Dans la société Ndébélé, le mariage est un symbole fort. C’est la jeune mariée qui décore la maison avec des signes colorés distinctifs. Elle peint généralement le dos de la maison avec les couleurs terreuses du charbon de bois, de l’argile et de l’ocre moulu. Et elle exprime sa créativité sur le fronton en utilisant des couleurs vives et des modèles géométriques ancestraux, avec des nuances de jaune, bleu, vert et rouge. Jusqu’au mariage,  et pendant leur initiation à la féminité, les jeunes filles ornent leurs chevilles de magnifiques cerceaux colorés, qui se déclinent aussi en bracelets et en d’énormes parures rondes qu’elles superposent pour se recouvrir entièrement ou partiellement les bras, les jambes, la taille et le cou. Une fois qu’elles intégreront la maison construite par le futur mari,  certaines choisiront de porter le fameux Idzila, le collier à spirales en laiton qui vaut aux Ndebele de partager avec les femmes Kayan de Birmanie, le surnom de « femmes girafes.» Le port de l’Idzila symbolise l’attachement de la femme à la maison et à son homme.

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Botshabelo Ndébélé est un village fantôme. Aucune âme qui vive, il parait abandonné. Comme du reste, l’église et les baraquements que nous avons visités à l’entrée du site, de l’autre côté de la rivière.

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Dans cette atmosphère particulière, je me remémore l’histoire tragique de ce peuple haut en couleurs. Elle remonte aux guerres tribales sanglantes durant lesquelles un petit groupe de zoulous dissidents migrât vers la région du Transvaal. En rupture avec la tradition-mère zoulou, ils marquèrent leurs œuvres avec des couleurs intenses qui tranchaient avec le côté terne de la culture officielle de l’empire zoulou. Plus tard, ils durent reprendre les armes pour résister à l’oppression coloniale et raciale. Après avoir résisté farouchement aux fermiers Boers, ils furent défaits en 1837 et réduits en esclavage sur leur propre territoire. L’expansion britannique réprimera dans le sang de nouvelles révoltes et entraînera des  grandes déportations dès 1877. L’essor  esthétique de l’art Ndebele y trouvera  sa source. Durant cette période, les femmes, restées au village, peignaient sur les murs des codes secrets pour communiquer à l’insu de l’occupant. Les symboles tribaux quittaient ainsi les broderies pour envahir les façades devenues de véritables étendards. Mais le régime de l’Apartheid officiellement institué en 1948 finira de briser l’unité physique des Ndébélés.

Dans quel pays se trouve cette pépite ?

 

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